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Les idées et les mots

Ce sont les idées, et non l'objectivité des situations, qui nous marquent puis nous font réagir. L'œil critique du raciste ou de l'antisémite aliène celui qui est regardé. Ce ne sont pas tant les mots que l'idée qui les accompagne qui est piégeant. Les mots ne sont que les contours apparents d'un noyau différent selon l'intention qui les transporte. L'idée est aliénante ou valorisante suivant les intentions, alors que les mêmes mots sont employés. Prenons l'exemple "ça va aller". Cet ensemble de mots peut être rassurant - un ça va aller bienveillant - ou exprimer un sentiment de refus – le ça va aller agacé -.

La guerre des intentions se cache derrière celle des mots. Ces derniers peuvent blesser en apparence mais ce qui fait mal ce sont les intentions destructrices qui restent invisibles. Elles contiennent le poison toxique qui vous paralyse ou qui vous introverti. Parfois les mots masquent des idées creuses comme celui qui parle pour ne rien dire; parfois des idées mal exprimées mais très justes sont mal véhiculées par un vocabulaire insuffisant; mais là n'est pas la clé de l'énigme. L'idée et son intention, inséparable couple pour comprendre la guerre des idées, doivent être évaluées ensemble, voilà la clé qui ouvre la porte à la compréhension.

L'idée sans son intention est vagabonde et ne veut rien dire. L'intention sans une idée est sans direction et ne peut pas exister.


La puissance des idées

Au sein du tissu social se baladent des idées. Elles sont sous-jacentes à toutes les actions entreprises. Quand elles sont productrices de libertés, elles favorisent l'épanouissement du citoyen et quand elles sont voleuses de liberté, elles assombrissent son existence.

Les philosophes grecs nous ont donné l'idée de la démocratie comme mode optimum pour vivre ensemble. Cette idée a ensuite été opprimée par la royauté qui se voulait divine. L'idée du pouvoir divin a dominé pendant des siècles et finalement l'idée grecque a triomphé. Puis des idées plus complètes nous ont donné nos constitutions occidentales. Ce fut pour cette partie du monde un grand progrès. Nous avons alors exporté cette idée et celles qui l'ont suivies dans de nombreux pays qui avaient des systèmes à nos yeux moins justes pour les Hommes. La civilisation fut alors synonyme de démocratie. Les royautés, les dictatures, les gouvernements religieux sont devenus selon nous des régimes illégitimes. Ceci est bien sûr la victoire de l'idée "démocratie" sur les autres. Nous aurions très bien pu avoir de bonnes dictatures si nos dictateurs avaient été éclairés et capables de gouverner pour le bien de tous. Nous aurions pu avoir des êtres exceptionnels, comme Ghandi, à la tête des états qui auraient su créer le bonheur de chacun. D'ailleurs ce type de société existe comme celle du roi d'un pays qui se situe entre la Chine et le Népal dont le critère de gouvernance est le nombre de gens heureux au sein de son royaume. L'idée nous forge une opinion si forte que nous ne pouvons concevoir qu'un autre système soit possible, voire mieux. L'idée nous enferme dans sa toile savamment tissée au fil des générations.


Des idées, pas forcement les bonnes

Combien d'idées avons-nous épousées qui sont confiscatoires et qui paralysent notre jugement ? Comment tout un pays a -t-il pu adopter des mesures qui ont fait naître au 20ème siècle la plus grande des atrocités connues de l'histoire ? L'idée est née de l'eugénisme, c'est-à-dire d'un concept qu'une minorité d'êtres humains n'était pas digne de respect et de fraternité, que l'on pouvait détecter en eux des gênes qui faisaient d'eux une race à exterminer. Comment tant d'hommes ont-ils pu adhérer à une telle idée?

Ce qui est encore plus invraisemblable, c'est comment aujourd'hui ces mêmes idées renaissent de leurs cendres par les propositions de quelques paroles politiciennes qui, sans vergogne, prônent la détection des criminels dés l'âge de 5 ans. Regardons en face ce qu'ils proposent. On ne va pas trouver beaucoup d'enfants du 16° quand les tests vont être passés. Ceux qui injectent de telles idées dans la société, idées radicalement matérialistes qui mettent la science au-dessus de toute autre sagesse, sans définir d'ailleurs "la science", sont en train de faire revivre les vieux démons du nazisme. Y-a-t-il un censeur social qui s'en insurge suffisamment pour être entendu?

Pas vraiment car dans cette guerre subtile et invisible, les propagandes submergent les masses et font penser que tout le monde pense avec les mêmes idées que le commanditaire de la campagne. Dans le monde d'aujourd'hui celui qui gagne est celui qui réussit à nous faire penser comme lui veux que l'on pense tout ayant le sentiment de penser librement. Le sentiment n'est donc pas le critère d'une pensée insoumise, libre et indépendante. Ce sont les qualités de ceux qui ont fait avancer l'humanité. Ils n'étaient pas ancrés dans les idées de leurs contemporains. Ils étaient en avance sur leur temps.


L'idée importante, celle que nous avons de nous-même

Le cœur de la guerre des idées, c'est la conception qu'adopte l'homme de lui-même. Est-il un animal social ? Une cellule de la société ? Un organisme produit du hasard de la nature sans âme ni Dieu ? Est-il un esprit habillé d'un corps de chair ?

La vie que mènera l'homme ressemblera à sa propre conception de lui-même. Les idées auxquelles il adhère lui donneront l'existence qui va avec. Le futur est forgé par les idées qui sont à la base le concept de l Homme de lui-même. Les grandes civilisations reflètent ces concepts. Celles qui ont disparu ont trahi les idées qui avaient fait leur splendeur, chassées par des idées qui déshabillaient l'homme des vérités fondamentales à propos de lui-même.

L'idée est reine et toutes les autres manifestations mécaniques sont subséquentes.

Pourtant les idées fruits d'une observation directe sont moins nombreuses que celles qu'on adopte sans parfois s'en rendre compte, ou sans peser les conséquences des idées qu'on colporte sans inspection intellectuelle claire de ce qu'elles entraînent.

A quelles idées me suis-je soumis ? A quelles idées ai-je librement consenti ?

Suis-je en train de suivre des idées qui ne sont pas les miennes mais auxquelles j'ai été habitué ? Et la source de mes idées est-elle une source de bonnes intentions ou de ressentiment vis-à-vis d'un ou plusieurs de mes semblables ? A quelles idées ont adhéré mes semblables ? Quelles sont les idées reçues (ou préjugés) ?

Telles sont les questions à se poser !

Vendredi 9 Décembre 2011 Rédigé par Alain Rosenberg le Vendredi 9 Décembre 2011 à 14:16