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Dans notre tourmente sociétale, les croyances en l'existence de Dieu ne sont plus pour beaucoup un sujet de préoccupation.

Notre civilisation semble effacer progressivement cette problématique et place les crises économiques et sociales au cœur des débats prioritaires. Les religions font frémir d'horreur les adeptes du matérialisme et la pensée politiquement correcte réduit la croyance en Dieu à une gestion laïque des signes extérieurs d'appartenance à une communauté religieuse.
La croyance en Dieu n'a plus sa place dans le domaine public, loi justifiée par la neutralité de l'état vis-à-vis de nos libertés de conviction.

Derrière cet ostracisme déclaré d'utilité publique, nous trouvons en fait la considération que la croyance en Dieu est une superstition qui appartient au monde des religions mais qui n'a plus sa place dans le pays de Descartes et de Voltaire.

Il faut bien tolérer les croyants car ils sont encore trop nombreux pour annihiler les églises.

Pourtant la tentation est grande et sans vergogne. Sous le couvert de l'état de droit, tout est fait pour faire mourir les communautés qui, à cause de leur croyance, "provoquent des désordres sociaux", affirment les sbires du matérialisme. L'homme est un loup pour ses semblables et le faible doit être protégé des religions qui abusent de lui, disent les athées. Ils affirment même, de façon hypocrite, que si l'on veut croire en Dieu, on peut le faire seul sans faire partie d'un groupe qui partage les mêmes convictions que soi. Bien sûr ceci est faux, mais ce n'est pas pour autant que cette thèse tacite ne gagne pas chaque jour du terrain.

L'existence de Dieu devient un mythe, petit à petit. Et force est de constater l'érosion du sacré et du divin dans nos sociétés, modernité l'exige. Il semble que la victoire ultime de la civilisation de demain soit un monde sans Dieu et sans âme où tout finira par être compris par la science et uniquement par la science, telle qu'elle est définie de nos jours.

La source de cette tendance est de poser la mauvaise question sur l'existence de Dieu sans avoir auparavant défini la nature et la fonction de ce dernier. Les concepts de Dieu identifiés aux clichés populaires empruntent une impasse et ne va nulle part.

Bien sur, le domaine de Dieu est celui du surnaturel. On ne peut peut-être pas définir Dieu pour ce qu'il est mais on peut au moins commencer par dire ce qu'il n'est pas.

Le concept de Dieu présidant à la destinée de chaque être humain est très certainement la représentation un concept peu compris. Dieu ou le créateur, peu importe l'étiquette, peut tout à fait être un élan vers l'éternité et en ce sens conduire l'être humain à son salut sans vouloir insinuer que la destinée particulière de telle ou telle personne est prédéterminée. Ce serait vraiment une triste vie que de s'en remettre uniquement à la volonté divine. Cependant, on peut tout à fait imaginer que celui qui agit sans tenir compte des autres, sans tenir compte de la nature et du monde du vivant s'oppose à une volonté divine qui serait celle de l'harmonie ou d'une vérité ni spatiale ni temporelle.

Tout comme nous ne pouvons pas imaginer une civilisation à l'échelle d'une seule vie, pour comprendre Dieu il faut changer l'échelle et s'adresser à une échelle qui pourrait mesurer l'univers tout entier. Nous comprendrions alors que si Dieu existe, il aurait, avant tout, une fonction de cohésion universelle.
Les guerres ont souvent fait douter de l'existence d'un être suprême doté de tous les pouvoirs: il aurait permis les horreurs des camps, par exemple! Là encore on se méprend sur le concept. Il est évident, si nous regardons l'histoire, que Dieu ne peut pas être celui qui décide de la paix ou des conflits. Il ne peut pas être celui qui prend responsabilité à notre place. Dieu, s'il existe, dépasse en terme de temporalité la notion étroite que nous impose la terre tournant autour du soleil. Dieu ne peut pas dépendre pour sa durée de la matière et donc ne peut être conçu comme une force qui agit à partir du temps.

En fait, si Dieu existe, il ne peut être ni dans le temps ni dans l'espace tels que nous les concevons. Nous devons alors chercher ailleurs une compréhension qui nous permettrait d'appréhender un concept plus clair de l'existence ou de la non existence de Dieu et de sa fonction cosmique.

Ce domaine est celui de la transcendance. Voici les bonnes questions à se poser: Existe-il des lois qui défient celles de la matière et qui sont celles qui guident la Vie en général? Existe-t-il des valeurs, qui ,en leur absence, font perdre à la vie son ampleur, sa force et sa beauté? Car en fait, quand nous disons croire en Dieu, ne parle-t-on pas de beauté et d'harmonie, de respect d'un ordre supérieur qui s'il est respecté, engendre la survie optimum de l'Homme, et qui s'il ne l'est pas, provoque son déclin ?

Admettons un moment que l'absence de ces notions nous précipite vers l'abîme et que leur présence nous élève car elles permettent l'existence harmonieuse du tout, et que Dieu ce soit cela. Ne mettons pas de nom sur les principes qui régissent ce qu'il y a de plus noble dans l'Homme et posons-nous la question sur la valeur de ces principes. S'ils sont respectés ou s'ils ne le sont pas, à quel point notre vie au quotidien s'en trouve affectée ?

Le concept de Dieu devrait d'abord être limpide pour savoir si on y croit ou pas. Reconnaissons qu'il ne l'est pas. On ne peut poser une question que l'on ne comprend pas et espérer y répondre. On peut par contre dire qu'en l'absence de notions qui contemplent certaines valeurs morales ou esthétiques, on s'éloigne de la compréhension de ce que pourrait être Dieu et qu'au contraire, en les cultivant, nous nous sentons plus proches d'arriver à comprendre le divin.

Il y a donc un chemin qui mène de la non-croyance sincère à une croyance sincère elle aussi. Il passe par la culture des valeurs qui font de l'Homme ce qu'il est, distinct de l'animal. Quand l'homme s'éloigne de ces valeurs et quand il les réduit à rien, il se rapproche d'un état animal. Peuvent alors se greffer sur son destin ceux qui, suivant ce même chemin, prônent la nécessité d'asservir l'Homme pour que celui-ci puisse contrôler ses instincts.

Les "instincts" de l 'Homme sont aussi bons qu'ils le rapprochent d'une position où il pourra répondre à la question de l'existence ou non de Dieu. Tout dépend de la direction que nous empruntons. La route qui mène au divin est celle qui passe par la redécouverte de l'âme humaine. Et n'en déplaise aux croquemitaines, l'Homme est déjà et depuis toujours dans cette quête.

Avant de répondre à la question sur l'existence de Dieu, soyons assez forts pour vivre dans des valeurs qui mettront les réponses à notre portée. Les fossoyeurs de la croyance en Dieu, comme par hasard, ne respectent pas ces valeurs, une observation que je vous encourage à faire par vous-même. L'observation des absences est parfois plus délicate mais plus informative que celle des présences que l'on vous met sous le nez comme pour vous aveugler et vous empêcher de "voir ce qui n'est pas mais qui devrait être".

Commencez par l'absence d'amour qui devrait présider à tous les rapports que nous avons les uns avec les autres, l'absence de respect qui est la colonne vertébrale des rapports humains. Vous comprendrez alors que nous sommes prêts pour répondre à une telle question. Au lieu de nier, nous devrions œuvrer pour parvenir à cette première étape, chacun individuellement puis ensemble, dans une société qui, au lieu d'être si agressive vis à vis de cette idée, favorisera une progression vers un plus haut niveau d'éthique. Nous devrions vivre une laïcité multi-croyante et non une laïcité liberticide.

La sournoiserie, vous l'avez compris, est d'exposer l'être humain à une équation trop difficile à résoudre pour son niveau de sagesse et d'en conclure qu'en la faisant disparaître, nul besoin ne sera de s'en préoccuper. Malheureusement, ou heureusement, ce qui est ne peut disparaître par décret ou subterfuge.

Il faudra bien un jour répondre à la question de l'existence de Dieu même si aujourd'hui nous ne sommes pas assez vertueux pour être en mesure de le faire, et surtout découvrir comment sa véritable fonction s'harmonise ou non aux buts que poursuit chacun d'entre nous dans sa vie.

Faire comme si, au cas ou Dieu existait, ne suffit pas à faire de nous des sages heureux. Nier son existence à cause des préjugés de son éducation ou de son milieu n'est pas non plus une voie satisfaisante et encore moins sans conséquence dans le cas contraire. Il ne reste qu'une seule route à emprunter : celle qui mène à la connaissance de soi jusqu'à ce que les conditions soient réunies pour répondre à cette question.

Bon voyage.
Mercredi 22 Mai 2013 Rédigé par Alain Rosenberg le Mercredi 22 Mai 2013 à 16:05