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La moquerie

"Se moquer d'autrui" semble être un spectacle apprécié de nos co-citoyens. Que ce soient les personnages politiques ou ceux qui sortent de l'ordinaire, tous passent sous les fourches caudines de ces journalistes ou chroniqueurs caustiques dont le métier consiste à ridiculiser autrui.

 

Toutes les moqueries ne sont pas évidentes. L'art de faire penser que vous avez mis quelqu'un dans l'embarras est subtil. Nous voyons des photos de présidents en première page des magazines qui les rendent ridicules selon le lecteur moyen de ce média. Pour le président concerné, il ne s'en soucie sans doute même pas. L'important pour le directeur de la publication est d'amuser la galerie aux dépends de celui que l'on cherche à blesser.

 

Se moquer d'autrui est une guerre qui consiste à mettre l'autre dans une situation qu'il préférerait cacher plutôt qu'exposer, comme une personne surprise nue en train de prendre sa douche par une caméra qui retransmet en direct le spectacle sur Internet!  C'est un art cruel qui, comme le cinéma d'épouvante avec les vampires est parfois d'une violence qui vous met mal à l'aise. Pourtant notre société en fait un art de vivre. Nous ricanons de ce que nous ne comprenons pas et nous voulons que d'autres ricanent  de la même chose. La moquerie est une des armes que l'on utilise pour détruire la concurrence ou pour détruire la réputation puis les droits de quelqu'un. Les plus bas instincts de l'Homme sont sollicités pour cimenter la coalition contre une personne ou un sujet qui dérange et qu'il faut dévaloriser aux yeux des autres.

 

Personne ne s'insurge contre ces pratiques d'usage courant. Il est regrettable au sein d'une société civilisée de ne pas distinguer les blagueurs de mauvais alois et les humoristes de grands talents. Les uns mènent constamment une guerre contre leur semblable utilisant la liberté d'expression comme un poignard que l'ont retourne contre son adversaire. Les autres sont des artistes qui savent nous distraire et nous faire rire en nous communiquant  leurs observations pertinentes de la vie. Les premiers ne sont jamais de grandes âmes et finiront dans l'oubli de la mémoire collective. Ils tirent leur succès passager des cibles célèbres sur lesquelles ils tirent. Derrière les apparences ils mènent des vies aussi misérables que le sont leurs méchancetés. 

 

Il nous est arrivé à tous de nous moquer de quelqu'un. Et si nous examinons nos sentiments après coup nous voyons que nous n'avons pas été très fiers de ce que nous avons fait. Ces gens qui  constamment le font n'ont plus la conscience d'eux-mêmes, Ils souffrent sans le sentir une douleur sourde qui les aveugle. Ils n'ont plus de fierté à préserver. Ils sont esclaves de leur propre haine envers tout être humain.

 

Bien évidemment il est fort improbable qu'un jour une loi promulgue l'interdiction de vouloir tuer quelqu'un en le ridiculisant. Mais si ces pratiques n'avaient plus d'audience, arriverait un moment ou elles se feraient plus rares. Nous aurions alors une bien meilleure civilisation sur terre.

Ce n'est pas pour demain mais qui sait ce qui peut se produire tant la culture évolue vite. Cette dernière peut tout aussi bien un jour observer le bien et le mal, le distinguer et ne pas se laisser aller à ne pas le définir faute d'une compréhension consensuelle. Car c'est bien de cela dont il s'agit. L'abolition de la définition du bien et du mal aboutit à laisser libre court au plus bas instincts qui nous rapprochent de l'animal et qui nous ôtent toute raison.  

 

Le spectacle pathétique de l'enfant au milieu de la cour de récréation dont les autres se moquent devrait suffire à nous dissuader de participer à un lynchage quel qu'il soit. Cultivons nos vertus et notre nature. La grandeur de notre âme ne devrait pas être salie et abaissée sous prétexte qu'il est d'usage de se moquer. Et celui dont on se moque devrait savoir qu'en fait le moqueur est le grand perdant de ce drame. 


Mardi 28 Octobre 2014 Rédigé par Alain Rosenberg le Mardi 28 Octobre 2014 à 10:27